Voici comment a débuté ma collaboration en tant que céramiste avec Eric Guérin. J’ai commencé la poterie par un stage quand j’habitais en Bretagne. C’était à Combrit, chez Armelle le Gall. Là-bas je faisais de la sculpture qu’on cuisait au Raku, à la nuit tombée. C’était spectaculaire. On sortait les pièces encore incandescentes du four à gaz dans le jardin.

J’ai continué la poterie en tant qu’étudiante à Paris. Je suivais des cours du soir organisés par la mairie de Paris. On travaillait la terre dans des écoles primaires, c’était sympa, mais pas trop de folie créative. Il y a quelques années j’ai découvert à Vertou (aux portes de Nantes) l’atelier de Martine Morgand. Martine encourage ses élèves à se lâcher et à trouver ce qui nous fait vibrer. Là-bas j’ai découvert la terre rouge la porcelaine, le grès lisse, le grès Chamoté… Et puis une ambiance géniale dans son atelier. Martine est céramiste mais aussi chimiste de formation. Elle fabrique elle-même ses émaux. Elle expérimente sans cesse, c’est très enrichissant.

Comment Éric Guérin m’a commandé des assiettes ? Je voulais me faire des assiettes creuses, un peu stylées. J’ai tourné un bol que j’ai retourné et auquel j’ai collé une plaque ronde avec un cercle vide au milieu évidemment. Une petite soucoupe en quelque sorte. Je l’ai émaillée avec un émail cristallisé blanc. Et on la mise à cuire à haute température. Régulièrement, je poste des photos de mes créations sur Instagram et il se trouve que cette photo a plu à beaucoup de monde, dont Éric Guérin qui m’a commandé 30 assiettes. J’ai proposé à Martine de m’accompagner pour répondre à cette commande. C’était quand même dans son atelier que j’avais créé cette assiette et puis on s’entend tellement bien que notre association ne pouvait que bien se passer.
Nous avons rencontré Éric Guérin au café du musée d’art de Nantes où il a affiné sa commande. Il souhaitait des assiettes bien creuses… il pensait à un dessert en particulier. Il voulait que les mesures de l’assiette soit soient identiques. Mais que l’émail diffère sur chaque assiette. Il aimait les traces de terre sous les mails. Je lui ai montré les grandes assiettes plates que j’avais créées avec la même terre et le même mail. Il en a commandé également.

Pour que les contenants soient les mêmes, nous avons créé à partir du prototype, 2 moules en plâtre. Il se trouve qu’il y a des personnes dont le métier est de couler des moules en plâtre… Nous nous en sommes rendues compte en créant les nôtres ! C’est très délicat et très difficile de faire un moule impeccable. Nous avons fini par créer ce que nous voulions. Certains céramistes utilisent des moules en plâtre pour couler de la porcelaine. Ils attendent que ça sèche, puis démoulent leurs pièces presque prêtes à biscuiter. Avec notre grès chamoté c’est bien différent. On utilise le le moule en plâtre sur le tour et on tourne notre pièce.
On utilise compas et règle pour chaque assiette on mesure la taille du bol pour que chaque assiette ait la contenance, la même hauteur, les mêmes inclinaison… C’est du sur-mesure.
Une fois que le devant de l’assiette est tourné, on ajoute un engobe de terre lisse, soit du grès lisse (prai de Ceradel) soit de la porcelaine, pour que l’assiette ait un aspect bien propre et que l’émail que l’on mettra dans une deuxième cuisson puisse bien adhérer. Ensuite on laisse sécher. Une fois que c’est que c’est moins humide, presque sec, on retourne le moule pour récupérer l’assiette et tournasser. (Faire le pied)
J’ai créé pour cette assiette une signature spéciale Éric Guérin avec la date. Il m’a d’ailleurs permis d’utiliser cette signature sur les assiettes de ces 2 mêmes collections. On ajoute également cet engobe de terre lisse sur l’arrière de l’assiette.

Une fois que l’assiette est finie, il faut laisser sécher un long moment, deux jours minimum. Sinon au premier four, les assiettes risquent d’éclater.

Une fois que les assiettes sont assez sèches, on procède au biscuitage C’est une cuisson à basse température (980 degrés) qui va rendre les assiettes solides.

Lorsqu’elles sortent du four on attend que ça refroidisse un petit peu, et on procède à l’émaillage. Là on a joué sur plusieurs couches d’émail pour offrir aux assiettes et des textures complexes et uniques. On a été attentives à l’harmonie des différents blancs mélangés à la terre. L’émail que nous avons utilisé est un émail blanc naturel sans plomb irisé, cette deuxième cuisson se fait à 1250° et fait apparaître des cristaux d’une extrême finesse.

Nous avons été à la Mare aux Oiseaux pour livrer nos assiettes au chef Éric Guérin. Nous avons déjeuné dans le restaurant et goûté aux spécialités délicieuses du chef. Des poucepieds cuisinés par le chef Guérin, ça vaut le détour.
Mais nous avons aussi découvert un univers rempli de création d’artisans locaux. Des couteaux Morta, des assiettes en verre, des sculptures en fer…

Quand nous avons livré nos assiettes en cuisine, c’était le chef mais aussi toute son équipe qui était derrière lui en train d’admirer notre travail. Il y avait aussi sa sœur, qui a également un restaurant à Guérande.

Le soir même il postait une photo de nos assiettes sur Instagram avec un barigoule de morilles, artichauts, couteau. Le guide Michelin, suivi par 1,3 millions de personnes sur Instagram, à reposté la photo de ce plat magnifique. 

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